La parole est à l'ordinateur

Le 5 Avril 2011 by Jac LouRéagir » • Partagez » Partagez cet article sur Facebook Partagez cet article sur Google+

 La nécessité d'une interface entre les humains et l'ordinateur qui penche du côté "humain" s'est rapidement fait sentir. Dès les années 1964-1965 la firme IBM commercialise une "unité de réponse verbale" en même temps que ses ordinateurs de la série 360. Ce sont bien sûr d'abord les sociétés à fort pouvoir d'achat qui s'équipent de tels dispositifs. On peut ainsi interroger, à l'aide de son téléphone à clavier, la cote des actions en Bourse, ou encore obtenir des informations sur la production journalière chez Chrysler, ou l'état des stocks dans certaines grandes chaînes commerciales. Bien entendu, l'interrogation ne peut pas encore se faire oralement. Il faut taper un code sur le clavier numérique du téléphone. Mais l'information est bien restituée par "synthèse" vocale. Cette vocalisation se fait en utilisant un vocabulaire d'un millier de mots enregistrés par un "locuteur étalon" sélectionné pour sa diction. Les mots enregistrés sont ensuite analysés à l'aide d'un vocodeur à canaux, retouchés et finalement introduits dans la mémoire de l'ordinateur sous forme de coefficients d'amplitude des fréquences du vocodeur. La restitution utilise également un vocodeur.

 En France, au tournant des années 1970, plusieurs laboratoires universitaires à Paris Halle-aux-Vins (aujourd'hui le site de Jussieu), à Orsay, à Grenoble ou à Toulouse, collaborent avec des laboratoires industriels publics (CNET, Centre National d'Étude des Télécommunications) ou privés (CIT - Compagnie Industrielle des Télécommunications, filiale de la CGE - Compagnie Générale d'Électricité) pour développer et mettre en pratique des dispositifs de sortie vocale pour les ordinateurs. Un exemple significatif est la mise au point du système "DECLAM" par la société CIT/CGE, sur la base d'accords avec le CNET. Ce système est destiné à permettre la réception par radio dans les avions commerciaux des informations météorologiques concernant par exemple l'aéroport de destination. Les informations météo sont bien sûr, au préalable, transmises à un centre où elles sont introduites dans un ordinateur qui les traite pour les convertir en un message vocal intelligible à partir du vocabulaire spécialisé dont il dispose. Par ailleurs, tous les laboratoires cités précédemment travaillent en 1970 sur la mise au point d'un vocodeur plus performant, utilisant les éléments de base du langage, les phonèmes ou les di-phonèmes, pour synthétiser et vocaliser tous les mots possibles, au lieu d'enregistrer les mots entiers d'un vocabulaire plus ou moins spécialisé et forcément limité. Parallèlement, la reconnaissance vocale est également à l'étude, mais elle n'en est encore qu'à ses premiers balbutiements - au sens propre du terme !

(d'après l'article "Les ordinateurs qui parlent", P. Lloret, Science Progrès Découverte, déc. 1970)