Carennac (Lot) : le prieuré vu du petit pont.

Le 10 Décembre 2017 par Réagir » • Partagez » Partagez cet article sur Facebook Partagez cet article sur Google+
Carennac (Lot) : le prieuré vu du petit pont.

Je ne suis pas le seul à avoir pris ce cliché, tant la vue est appréciée des touristes ! Mais, si je vous le présente c'est pour vous révéler des aspects méconnus du personnage de Fénelon qui fut Doyen au prieuré de Carennac. Certaines n'apprécieront pas les lignes qui suivent extraites de son ouvrage "De l'importance de l'éducation des filles" :

Il est vrai qu'il faut craindre de faire des savantes ridicules. Les femmes ont d'ordinaire l'esprit encore plus faible et plus curieux que les hommes; aussi n'est-il point à propos de les engager dans des études dont elles pourraient s'entêter. Elles ne doivent ni gouverner l’État, ni faire la guerre, ni entrer dans le ministère des choses sacrées; ainsi elles peuvent se passer de certaines connaissances étendues, qui appartiennent à la politique, à l'art militaire, à la jurisprudence, à la philosophie et à la théologie. La plupart même des arts mécaniques ne leur conviennent pas: elles sont faites pour des exercices modérés. Leur corps aussi bien que leur esprit, est moins fort et moins robuste que celui des hommes; en revanche, la nature leur a donné en partage l'industrie, la propreté et l'économie, pour les occuper tranquillement dans leurs maisons.[fin de citation]

Bon, mesdames, ne me tenez pas pour responsable de ces propos, s'il vous plaît ! Et ne crachez pas sur l'écran, c'est le vôtre et vous devrez le nettoyer ... Il faut sans doute se reporter au contexte social de l'époque pour apprécier sereinement les principes du bon curé Fénelon :)

En mai 1681, sur résignation de son oncle, l'évêque de Sarlat, François de Salignac de La Mothe-Fénelon, dit Fénelon, hérite du doyenné de Carennac. Dans une lettre pleine d'humour à sa cousine germaine M. Th. de Laval, il raconte son arrivée :

Carennac, le 22 Mai 1681.

«  Oui, Madame, n'en doutez pas si je suis un homme destiné à des entrées magnifiques. Vous savez celle qu'on m'a faite à Bellac, dans votre gouvernement ; je vais vous raconter celle dont on m'a honoré en ce lieu.

 M. de Rouffillac pour la noblesse, M. Bosc, curé, pour le clergé, M. Rigaudie, prieur des moines, pour le corps monastique, et les fermiers de céans pour le tiers-état, viennent jusqu'à Sarlat me rendre hommage. Je marche accompagné majes­tueusement de tous ces députés. J'arrive au port de Carennac et j'aperçois le quai bondé de tout le peuple en foule. Deux bateaux, pleins de l'élite des bourgeois, s'avancent et, en même temps, je découvre que, par un stratagème galant, les troupes de ce lieu les plus aguerries s'étaient cachées dans un coin de la belle île que vous connaissez, de là elles vinrent en bon ordre de bataille me saluer avec beaucoup de mousquetade. L'air est déjà tout obscurci par la fumée de tant de coups et l'on n'entend plus que le bruit affreux du salpêtre. Le fougueux coursier que je monte, animé d'une noble ardeur, veut se jeter dans l'eau, mais moi, plus modéré, je mets pied à terre. Au bruit de la mous­quetade est ajouté celui des tambours. Je passe la belle rivière de la Dordogne, presque toute couverte des bateaux qui accompa­gnent le mien. Au bord, m'attendaient gravement tous les véné­rables moines en corps : leur harangue est pleine d'éloges sublimes; ma réponse à quelque chose de grand et de doux.

 Cette foule immense se fend pour m'ouvrir un chemin; cha­cun a les yeux attentifs pour lire dans les miens quelle sera ma destinée. Je monte ainsi jusqu'au château, d'une marche lente et mesurée, afin de me prêter, pour un peu plus de temps, à la curio­sité publique. Cependant mille voix confuses font retentir des acclamations d'allégresse. L'on entend partout ces paroles : « Il sera les délices de ce peuple. »

 Me voilà à la porte déjà arrivé et les consuls commencent leur harangue par la bouche de l'orateur royal. A ce nom, vous ne manquez pas de vous représenter ce que l'éloquence a de plus vif et de plus pompeux. Qui pourrait dire quelles furent les grâces de son discours ? Il me compara au soleil; bientôt je fus la lune; tous les astres les plus radieux eurent ensuite l'honneur de me ressembler; de là, nous vînmes aux éléments et aux mé­téores et nous finîmes heureusement par le commencement du monde. Alors le soleil était déjà couché et, pour achever la compa­raison de lui à moi, j'allai dans ma chambre pour me préparer à faire de même ».

Ce serait lors d'un (sans doute rare) séjour dans ce doyenné qu'il aurait écrit, au moins en partie, "Les aventures de Télémaque". La tradition locale appelle d'ailleurs "Télémaque" une tourelle du doyenné. Qui plus est, à Carennac, les habitants appellent "île de Calypso" le bras de terre enserré entre le cours actuel de la Dordogne et son bras mort qui s'étend au pied de "la Palissade", nom donné à la place du village où est érigée une colonne supportant, comme il se doit, un buste de Fénelon. Mais il est en fait peu probable que Fénelon ait réellement rédigé son ouvrage en ces lieux. Télémaque est un ouvrage à vocation pédagogique. Dans cet ouvrage, Fénelon raconte les tribulations de Télémaque parti à la recherche de son père Ulysse. Il échoue sur l'île de Calypso, cette déesse inconsolable de n'avoir su retenir Ulysse. Mais l'histoire n'est qu'un prétexte à mettre en scène et à commenter l'art de régner avec pour objectif de faire l'éducation, à compter de 1689, du Duc de Bourgogne, petit fils de Louis XIV. Malheureusement, ce livre sera vu comme une satire du règne de Louis XIV, ce qui vaudra à Fénelon sa disgrâce. Pour sa défense, il écrira : "J'ai mis dans ces aventures toutes les vérités nécessaires pour le gouvernement, et tous les défauts qu'on peut avoir dans la puissance souveraine; mais je n'en ai marqué aucun avec une affectation qui tende à aucun portrait ni caractère; plus on lira cet ouvrage, plus on verra que j'ai voulu dire tout, sans vouloir peindre personne de suite."

Ayant passé quelques temps dans ce village, j'ai quelques autres angles de vue à vous proposer. Après avoir tout de même lu ce qui précède, suivez ce lien (clic) pour explorer mon album Carennac...

Une partie des informations rapportées dans ce billet sont issues d'une plaquette - guide touristique de 1965 réalisée par le Syndicat d'Initiative - il y en avait un à l'époque - et les éditions L. Pissarelli. Aucun auteur n'est mentionné.