Au pays des souris

Le 22 Septembre 2016 par Réagir » • Partagez » Partagez cet article sur Facebook Partagez cet article sur Google+

C'est l'histoire d'un pays appelé Souricière, un pays où vivaient et jouaient, naissaient et mouraient les petites souris. Et elles y vivaient tout à fait comme vous et moi.

Elles avaient même un Parlement. Et tous les cinq ans elles participaient à une élection. Elles se rendaient au bureau de vote pour déposer leur bulletin dans l'urne. Certaines étaient même transportées gratuitement jusqu'au bureau, un avantage dont elles ne bénéficiaient que tous les cinq ans. Tout comme vous et moi. Et chaque fois, le jour des élections, les petites souris votaient pour élire un gouvernement. Un gouvernement composé de gros et gras chats noirs.

Maintenant, si vous trouvez étrange que des souris élisent un gouvernement composé de chats, considérez juste l'histoire de notre pays ces cent dernières années et vous verrez qu'elles n'étaient pas plus stupides que nous le sommes.

Cela dit, je n'ai rien contre les chats. C'étaient des gens bien. Ils conduisaient les affaires avec dignité. Ils passaient de bonnes lois - c'est à dire bonnes pour les chats. Mais les lois bonnes pour les chats n'étaient pas forcément bonnes pour les souris. Par exemple, une des lois disait que les trous de souris devaient être assez grands pour qu'un chat puisse y passer la patte.
Loi 1001 dite "Laisse la patte"

Loi 1002 dite "Pas si vite"

Une autre loi disait que les souris pouvaient se déplacer en respectant une limitation de vitesse - ce qui permettait à un chat de se procurer son petit déjeuner sans trop d'effort.

Toutes les lois étaient de bonnes lois. Pour les chats. Mais, oh, qu'elles étaient dures pour les souris. Et leur vie devenait de plus en plus dure. Et quand les souris ne purent plus le supporter, elles décidèrent qu'il fallait faire quelque chose. Aussi se rendirent-elles en nombre au bureau de vote. Et elles votèrent contre les chats noirs. Elles élirent les chats blancs.

Les chats blancs avaient mené une campagne magnifique. Ils avaient dit : "Tout ce dont Souricière a besoin c'est de plus de vision." Ils avaient dit aussi : "Le problème à Souricière ce sont ces trous de souris ronds que nous avons. Si vous nous élisez, nous déciderons qu'ils devront être carrés." Et ils le firent. Les trous de souris carrés furent deux fois plus grands que les trous ronds, et ainsi le chat pouvait y entrer ses deux pattes. Et la vie fut plus rude que jamais.

Et quand elles ne purent plus supporter cela, les souris votèrent contre les chats blancs et elles élirent les chats noirs de nouveau. Puis elles revotèrent pour les chats blancs. Puis pour les chats noirs. Elles appelaient cela "l'alternance". Elles avaient essayé aussi moité chats noirs et moitié chats blancs. Ce qu'elles avaient appelé "une coalition". Elles essayèrent encore "la cohabitation", c'est à dire un gouvernement de chats blancs avec un président chat noir. Ou l'inverse. Elles eurent même un gouvernement composé de chats tachetés : des chats qui tentaient de faire des bruits de souris mais qui mangeaient comme des chats.

Vous voyez, chers lecteurs, le problème n'était pas la couleur des chats. Le problème c'est qu'ils étaient des chats. Et parce que c'étaient des chats, ils s'occupaient naturellement des chats plutôt que des souris.

Un jour, une petite souris se présenta avec une idée. Chers lecteurs, observons cette petite camarade souris qui a une idée. Elle dit aux autres souris, "Mes camarades, pourquoi continuons-nous d'élire encore et encore un gouvernement de chats ? Pourquoi n'élisons-nous pas un gouvernement composé de souris ?" "Oh," dirent les souris, "c'est une bolchevik. Enfermons-la !". Et elles la mirent en prison.

Mais rappelez-vous, chers lecteurs, on peut enfermer une souris - ou un homme - mais on ne peut pas enfermer une idée.

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Chers lecteurs, ne trouvez-vous pas que raconter cette parabole dans le contexte français de la préparation des élections de 2017 est une bonne idée ? Un peu de modestie. J'ai découvert la version anglaise de ce texte dans une publication de mon ami Alexander sur Facebook en 2015. Il s'agit de la transcription du discours prononcé en 1944 au Canada par Tommy Douglas (?), qui deviendra premier ministre de la Saskatchewan entre 1944 et 1961, à la tête du premier gouvernement socialiste en Amérique du Nord. J'ai un peu adapté le texte, modestement, en le traduisant. [Voir une représentation de ce discours sur Youtube]

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