Fukushima, 100 ans après

Le 27 Juin 2011 by Jac LouRéagir » • Partagez » Partagez cet article sur Facebook Partagez cet article sur Google+

Je donne ci-dessous une copie d'un article paru dans le journal "La Nature" du 27 juillet 1889 (voir le sommaire complet sur le site Gloubik (clic) ou sur le site du CNAM). Il donne un éclairage sur les risques sismiques et volcaniques de la région de Fukushima où est située la centrale nucléaire mise à mal par le séisme et le tsunami du 11 mars 2011. Pour plus d'informations et des photos récentes, voir sur Wikipedia.fr l'article concernant le mont Bandaï (clic).

UNE EXCURSION AU MONT BANDAÏ AU JAPON
Explosion d'une montagne

Le 15 juillet 1888, le mont Bandaï, au Japon, a été le théâtre d'un cataclysme rare dans l'histoire des phénomènes géologiques. La presque totalité de la montagne, qui n'avait pas moins de 1500 mètres de hauteur a été projetée dans l'espace par une explosion souterraine comparable à celle d'une gigantesque chaudière à vapeur; il en est résulté des désastres épouvantables, tremblements de terre, inondations, villages engloutis, dont nous avons précédemment donné un tableau précis (voir le n° 802, du 13 octobre 1888, p. 313). Un phénomène de ce genre et ayant cette importance paraît presque unique, il mérite une étude spéciale de la part des naturalistes, et on ne saurait trop s'attacher à réunir les faits qui se rapportent à son histoire.

Un de nos lecteurs du Japon, M. L. Drouart de Leger, qui est un missionnaire très érudit, ami de la géologie, a fait récemment une excursion au mont Bandaï, au sujet duquel on n'avait pas de renseignements depuis sa destruction par l'explosion souterraine. Les manifestations de vapeurs sont toujours très apparentes et le spectacle offert par le gouffre formé là où était la montagne, est d'un effet majestueux. M. Drouart de Leger a réussi à prendre des photographies qu'il nous a envoyées de Tokio (Japon) dès le retour de son exploration. Les opérations ont dû êtres faites par une pluie battante, et ce n'est qu'en protégeant l'appareil sous une couverture qu'elles ont pu réussir.

Sur l'ancien emplacement de Bandaï des torrents de vapeur s'échappent çà et là du sol, de plus de cent endroits différents, et s'élèvent à une grande hauteur dans l'atmosphère; ces jets de vapeur font entendre un bruit formidable et forment dans les hautes régions de l'air de véritables nuages que l'on aperçoit, par temps clair, à plus de 40 kilomètres de distance.


Fig. 1 Vue générale du cratère du mont Bandaï, au Japon, en avril 1889

La photographie n° 1 donne la vue générale du cratère, si l'on peut se servir de cette expression pour désigner cette formation toute particulière qui ne rentre pas assurément dans la série des phénomènes volcaniques habituels. La montagne du Bandaï était formée de trois pics : O-Bandaï (grand Bandaï) qui s'aperçoit au milieu de notre gravure (fig. 1), l'Ura-Bandaï (arrière Bandaï) qui se voit à gauche et le Ko-Bandaï (petit Bandaï) qui a sauté. Les deux premiers pics sont restés intacts et dominent le gouffre.


Fig. 2 Eruption de vapeurs au fond du cratère du Bandaï

La deuxième photographie (fig. 2) donne une vue de détail du cratère, montrant les immenses colonnes de vapeur qui s'échappent sans cesse de cet abîme imposant, où naguère il y avait une montagne entière. Cette localité si curieuse, qui a servi de scène à l'un des grands drames de la nature, offrirait assurément un vaste champs d'étude au géologue. Nous espérons que le Gouvernement japonais, qui porte aujourd'hui un si grand intérêt au progrès des sciences, aura l'occasion de favoriser des missions géologiques au mont Bandaï.

La Nature, 27 juillet 1889, n° 843, pp. 129-130. Article signé G.T. (Gaston Tissandier), fondateur du journal. Les illustrations sont de H. Thiriat d'après des photos de M L. Drouart de Leger. Pour voir la copie de la premier page de l'article, cliquer ce lien