Botanique : révolution au Museum en 1873

Le 10 Février 2012 par Réagir » • Partagez » Partagez cet article sur Facebook Partagez cet article sur Google+

En 1873, dans la revue La Nature qu'il vient de créer, Gaston Tissandier publie un article intitulé "Les nouveaux laboratoires du Muséum d'Histoire Naturelle". J'en donne ci-dessous un extrait qui concerne les botanistes (si, si, je sais qu'il y en a qui me lisent de temps à autre :)

... seuls le Collège de France et le Muséum restent sans auditeurs; leur enseignement n'a pas de sanction, les ouvrages qui traitent des sujets qu'on y étudie sont nombreux, bien faits, et l'enseignement oral donné dans ces établissements ne s'adresse plus qu'à un public très restreint, presque nul, si on en élimine en tout temps les désœuvrés et en hiver les frileux.

Comment relever cet enseignement libre qui devrait être d'autant plus important que le professeur n'est plus strictement limité par les exigences d'un programme? comment rappeler aux étudiants le chemin de ces chaires libres qu'ils ont oublié ? C'est ce que les professeurs du Muséum ont cherché à faire en substituant à l'enseignement purement oral de l'amphithéâtre l'enseignement pratique du laboratoire. Sous leur pression, un ministre a fondé l'École des hautes études, c'est-à-dire une réunion de laboratoires dans lesquels les jeunes gens reçoivent l'enseignement pratique par excellence; ils sont exercés là aux manipulations et aux dissections, initiés à toutes ces finesses, à ces tours de main, qui sont de tradition dans les coulisses de la science, mais qui ne peuvent être exposés sur son théâtre. Dans le laboratoire, les jeunes gens travaillent sous les yeux du maître, à ses côtés, et s'instruisent bien autrement par les conversations familières, par le contact de chaque jour, que par les leçons d'apparat qu'ils écoutaient naguère. [...]

Derrière la grandiose installation de chimie se trouve le laboratoire plus modeste de M. Decaisne; on descend quelques marches, on arrive dans un jardin destiné aux expériences de culture et l'on trouve à gauche une longue galerie vitrée : c'est le laboratoire de physiologie et d'anatomie végétales. Autant il y a de mouvement chez les chimistes, autant on trouve ici de calme et de tranquillité ; nous ne sommes plus dans un laboratoire d'enseignement fréquenté par une nombreuse jeunesse, nous somme dans le temple de la science pure, dans un laboratoire de recherches. M. Decaisne surveille et conseille dans sa visite quotidienne les anatomisles, qui, l'œil soudé au microscope, paraissent indifférents à tout ce qui se passe autour d'eux; notre excellent ami et collaborateur, M. Cehérain, qui s'est fait connaître par d'importantes recherches de chimie agricole et de physiologie végétale, dirige les travaux du laboratoire que représente notre gravure. C'est une longue pièce parfaitement éclairée, où arrive à flots la lumière solaire, qui joue un rôle si important dans tous les phénomènes de la vie végétale ; à droite, les hottes enlèvent tous les gaz à odeur forte que le chimiste est obligé d'employer; de longues tables garnies de faïences s'étendent au milieu de la pièce, comme au-dessous des fenêtres. Tout est d'une propreté méticuleuse; nous sommes loin, on le voit, des anciens laboratoires, sombres, humides, où les toiles d'araignées rejoignaient les crocodiles pendus au plafond et enveloppaient de leurs nombreux réseaux les vieilles fioles saupoudrées de poussière.

Ce laboratoire, où se trouvent associés dans les mêmes recherches chimistes et botanistes, nous promet sans doute une ample récolte de travaux originaux, il est encore peu peuplé : n'y entre pas qui veut, on le conçoit. Il ne s'agit plus ici d'apprendre, mais de trouver. Les noms de M. Decaisne, de M. Dehérain, de M. Prilleux, physiologiste distingué, sont un garant que des recherches sérieuses y seront exécutées; parmi les jeunes gens qui y travaillent se trouvent M. Landrin, M. Bertrand, qui, lorsqu'il était encore élève au collège Chaptal, a trouvé dans les sablières de Clichy, près Paris, des ossements humains associés a ceux des grands mammifères de l'époque quaternaire; enfin un jeune Luxembourgeois, M. Vesque, chargé de tenir le laboratoire au courant des travaux publiés en Allemagne. Au moment de notre visite, la préparation du jardin annexé au laboratoire de physiologie n'était pas terminée; on remplissait des fosses, soigneusement garnies de tuiles, de terres d'espèces différentes pour y entreprendre des cultures comparées et suivre ainsi l'influence du sol sur le développement des plantes. Ce jardin de physiologie végétale nous paraît destiné à fournir à la chimie agricole et à l'agriculture de féconds résultats. Le savant aura là le moyen de préparer à sa guise de véritables sols artificiels; il verra les plantes de diverse nature croître sous ses yeux ; il les nourrira de substances organiques et minérales dont la composition lui sera connue. Il suivra pas à pas 1es différentes phases de la vie végétale; il étudiera les lois encore pleines de mystère de la nutrition des végétaux. Quelles puissantes ressources entre les mains d'un expérimentateur!

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